Chaque année, dès les premières nuits fraîches de septembre, un réflexe s’installe chez la plupart des jardiniers : ranger. On ratisse les feuilles, on coupe les vivaces à ras, on évacue les tas de branches, on passe un dernier coup de tondeuse pour que tout soit net avant l’hiver. Ce grand nettoyage paraît vertueux, mais il se produit exactement au moment où la petite faune cherche un abri pour traverser la mauvaise saison. Un jardin impeccable au 1er novembre est souvent un jardin vide au printemps suivant. Transformer sa parcelle en jardin refuge en automne ne demande pourtant ni budget, ni compétences particulières : il s’agit surtout de faire moins, mais au bon endroit, et de laisser en place quelques structures que la nature saura occuper toute seule.
Ce guide passe en revue les gestes concrets à poser entre septembre et décembre pour offrir le gîte, le couvert et la libre circulation aux hérissons, aux insectes, aux oiseaux et aux amphibiens de votre jardin. Vous y trouverez ce qu’il faut laisser tel quel, ce qu’il vaut mieux déplacer plutôt que jeter, quand tailler sans détruire, et quelles erreurs classiques transforment un abri en piège mortel. L’objectif n’est pas de laisser son terrain à l’abandon, mais de réserver une part du jardin au désordre utile, celui qui héberge la vie quand tout le reste est gelé.
L’essentiel
- L’automne est la saison où la petite faune constitue ses réserves et cherche un abri d’hivernage : le grand nettoyage tombe au pire moment.
- La litière de feuilles mortes héberge chrysalides, coccinelles, araignées et vers de terre : la déplacer en tas vaut mieux que l’évacuer.
- Un tas de bois mort laissé trois ans au même endroit devient l’un des micro habitats les plus riches d’un jardin.
- Le hérisson entre en hibernation vers novembre, quand la température passe durablement sous 11 °C, et ne ressort qu’entre mars et mi avril.
- Une ouverture de 13 x 13 cm au bas d’une clôture suffit à reconnecter un jardin au réseau de parcelles voisines.
- Tailler les haies en automne, après le 15 août et de préférence entre octobre et janvier, évite de détruire les nichées.
L’automne, saison charnière pour la faune du jardin
Entre septembre et novembre, la quasi totalité des animaux du jardin bascule en mode survie. Les hérissons doivent prendre du poids et atteindre idéalement 600 grammes avant les premiers froids, faute de quoi ils ne passeront pas l’hiver. Les reines de bourdons fécondées s’enfouissent de quelques centimètres dans le sol ou sous la litière et y resteront immobiles jusqu’au printemps. Les papillons hivernent selon les espèces à l’état d’œuf, de chenille, de chrysalide ou d’adulte, souvent accrochés à une tige sèche ou glissés sous une feuille. Les coccinelles se regroupent par dizaines dans une fente d’écorce ou un tas de bois. Les amphibiens quittent la mare et cherchent une cache humide et hors gel, généralement à moins de cent mètres du point d’eau où ils se reproduiront. Toute cette petite population dépend de structures très simples que le jardinier fait disparaître en une matinée de râteau.
Ce qui se joue à l’automne détermine directement ce que vous observerez au printemps. Un jardin qui a conservé sa litière, ses tiges sèches et son bois mort redémarre en mars avec ses pollinisateurs, ses auxiliaires et ses oiseaux nicheurs déjà sur place. Un jardin parfaitement rangé, lui, devra être recolonisé depuis l’extérieur, ce qui prend des semaines et ne fonctionne que si les parcelles voisines ont conservé de la vie. C’est la logique du réseau : votre terrain n’est pas une île, il forme un maillon dans une trame que la faune parcourt chaque nuit. Cette continuité est le principe même des corridors écologiques, valable à l’échelle d’un massif forestier comme à celle d’un lotissement.

Les feuilles mortes : une couverture vivante plutôt qu un déchet
La feuille morte est sans doute le matériau le plus sous estimé du jardin. En se décomposant, elle nourrit le sol, protège les racines du gel, limite l’évaporation et évite le battage de la pluie sur la terre nue. Mais son rôle d’abri est encore plus important : la litière constitue un véritable étage de vie, humide, tamponné thermiquement, où des milliers d’organismes passent la mauvaise saison. Retirer les feuilles d’un jardin revient à déménager une population entière en plein hiver. Les associations naturalistes anglo saxonnes ont résumé le message par un mot d’ordre devenu populaire, laissez les feuilles, qui a le mérite d’être parfaitement applicable dans un jardin français.
Ce qui passe l hiver dans la litière
Sous quelques centimètres de feuilles, on trouve des chrysalides de papillons de nuit, des chenilles enroulées, des œufs d’insectes, des coccinelles adultes, des perce oreilles, des carabes, des araignées et une quantité considérable de vers de terre qui remontent la nuit pour tirer les feuilles vers le sol. Ces espèces ne sont pas anecdotiques : elles constituent la base alimentaire des oiseaux au printemps, au moment précis où les mésanges doivent nourrir une nichée. Un merle qui retourne bruyamment la litière en février ne fait pas du désordre, il exploite un garde manger. Les hérissons et les musaraignes y trouvent eux aussi une part importante de leur ration.
Déplacer plutôt qu évacuer
Laisser toutes les feuilles en place n’est pas toujours praticable. Sur une pelouse dense, une couche épaisse finit par asphyxier le gazon, et sur une allée ou une terrasse elle devient glissante. La bonne pratique consiste à ratisser ces zones et à regrouper les feuilles ailleurs plutôt qu’à les sortir du jardin : au pied des haies, sur les massifs, autour des arbres et arbustes, ou en un ou deux gros tas dans un coin tranquille. Un point technique compte : évitez de broyer les feuilles à la tondeuse si vous voulez conserver la faune, car le broyage détruit les œufs et les chrysalides qu’elles portent déjà. Le râteau reste l’outil le plus respectueux, et le souffleur thermique le plus destructeur.
Une fois le tas constitué, la règle est simple : on n’y touche plus jusqu’au printemps. Ni retournement, ni transfert au composteur en janvier, ni brûlage. Le brûlage des tas de feuilles et de branches figure d’ailleurs parmi les causes de mortalité les plus fréquentes chez le hérisson, qui s’y installe précisément parce que le tas est chaud et sec. Si vous devez absolument déplacer un tas, faites le en le soulevant à la fourche par petites portions, en fin d’hiver, jamais en novembre.
Le bois mort, l hôtel le plus fréquenté du jardin
Le bois mort est à la biodiversité ce que le corail est à l’océan : une structure inerte en apparence, qui héberge une communauté entière. Un simple tas de bûches et de branches, empilé dans un angle ombragé et laissé en place plusieurs années, se colonise par vagues successives. La première année, ce sont les araignées, les cloportes et les perce oreilles. La deuxième, les champignons s’installent et ramènent des coléoptères saproxyliques dont certaines larves passent deux à trois ans dans le bois. La troisième, le tas est suffisamment tassé et humide pour accueillir un crapaud, un lézard, parfois un hérisson ou une couleuvre venue y pondre. C’est pourquoi le facteur décisif n’est pas la taille du tas, mais sa stabilité dans le temps.
Quelques principes de montage augmentent nettement son intérêt. Préférez des diamètres variés, de la brindille à la grosse bûche, et mélangez les essences. Posez la base directement sur la terre, sans bâche ni géotextile, pour que l’humidité du sol remonte et que les insectes puissent circuler entre le bois et le sol. Choisissez un emplacement mi ombragé, à l’abri du vent dominant, plutôt contre une haie qu’en plein soleil. Enfin, ne stockez pas votre bois de chauffage au même endroit : un tas destiné à la cheminée sera déplacé en plein hiver, ce qui détruit exactement ce que l’on cherchait à abriter.

Quel abri pour quel occupant
| Structure laissée au jardin | Occupants attendus | Emplacement conseillé | Quand ne plus y toucher |
|---|---|---|---|
| Tas de feuilles mortes | Hérisson, chrysalides, coccinelles, vers de terre | Coin calme, pied de haie, sous un arbuste | Dès début octobre |
| Tas de bois et branches | Crapaud, lézard, carabes, larves de coléoptères | Mi ombre, sur sol nu, contre une haie | Toute l année, idéalement 3 ans et plus |
| Tiges creuses de vivaces | Abeilles solitaires, chenilles, punaises | Massif, laissées debout sur 40 à 80 cm | De septembre à fin mars |
| Zone d herbe non tondue | Sauterelles, araignées, campagnols, hérisson | Bande périphérique ou fond de jardin | De septembre à avril |
| Tas de pierres ou vieux mur | Lézard des murailles, orvet, hyménoptères | Plein sud, exposé et drainant | Toute l année |
| Compost en tas | Couleuvre à collier, orvet, larves de cétoine | Sur terre, mi ombre | Pas de retournement de novembre à mars |
Offrir un gîte au hérisson avant les premiers froids
Le hérisson d’Europe est l’espèce emblématique de cette période, et celle dont le sort dépend le plus des choix faits en septembre et octobre. Son hibernation débute généralement en novembre, lorsque la température extérieure passe durablement sous 11 °C, et se prolonge jusqu’à mars, parfois mi avril selon les régions et la météo. Pendant ces mois, l’animal vit exclusivement sur ses réserves de graisse, son rythme cardiaque s’effondre et sa température corporelle chute pour économiser l’énergie. Chaque réveil forcé coûte cher : un hérisson dérangé trois ou quatre fois peut épuiser ses réserves avant le printemps. C’est cette fragilité qui rend la tranquillité du tas de feuilles aussi décisive, bien plus que la qualité de l’abri lui même.
Fabriquer un abri simple et efficace
Un gîte à hérisson n’a rien d’un ouvrage compliqué. Une caisse en bois non traité d’environ 40 cm de côté, retournée sur le sol, avec une ouverture d’entrée de 13 à 15 cm, recouverte de branchages, de feuilles et éventuellement d’une plaque pour évacuer la pluie, remplit parfaitement son rôle. Certains bricoleurs ajoutent un couloir d’entrée coudé de 30 à 40 cm qui empêche un chat ou un chien de passer la tête. À l’intérieur, une poignée de feuilles mortes sèches et de paille suffit, l’animal complétera lui même sa litière. Installez le gîte dans un endroit calme, à l’abri du vent et de l’ensoleillement direct, entrée orientée si possible au sud est, et surtout ne le déplacez plus une fois l’automne engagé.
Un point important souvent oublié : il ne faut pas s’attendre à une occupation immédiate. Un gîte peut rester vide deux ou trois saisons avant d’être adopté, surtout si le jardin n’offre pas encore de ressources alimentaires ou d’accès libre. Résistez aussi à la tentation de vérifier s’il est habité : soulever le toit en janvier pour voir revient à provoquer le réveil que l’on cherchait à éviter. Un peu de terre remuée devant l’entrée ou des crottes noires cylindriques à proximité sont des indices suffisants.
Un jardin accueillant ne se juge pas à ce qu’on y installe, mais à ce qu’on accepte d’y laisser. Le meilleur abri du monde ne remplacera jamais un tas de feuilles qu’on n’a pas touché.
Thomas Mercier, naturaliste

Ouvrir les clôtures : le passage à faune de 13 centimètres
Un hérisson parcourt entre un et trois kilomètres par nuit à la recherche de nourriture ou d’un partenaire, et son domaine vital peut s’étendre sur plusieurs dizaines d’hectares. Cette mobilité se heurte frontalement à la manière dont nous clôturons nos parcelles. Une haie de thuyas doublée d’un grillage enterré, un mur en parpaings, une bordure de jardin continue : chacun de ces aménagements transforme un jardin en cul de sac. Un animal enfermé dans une parcelle de quelques centaines de mètres carrés ne trouvera ni assez de nourriture pour atteindre son poids d’hivernage, ni de partenaire au printemps.
La solution est d’une simplicité déconcertante : ménager une ou plusieurs ouvertures de 13 x 13 cm à la base des clôtures, dimension recommandée par les associations de protection de la faune. Elle laisse passer le hérisson, le crapaud, la musaraigne et le lapin de garenne, tout en restant trop étroite pour la plupart des chiens. Concrètement, cela signifie découper une maille de grillage, glisser un tuyau de section carrée sous une bordure, ou tout simplement surélever un panneau de quelques centimètres. Deux ouvertures opposées valent mieux qu’une seule, pour que l’animal puisse traverser plutôt qu’entrer et se retrouver bloqué. L’automne, quand on refait souvent les clôtures, est le bon moment pour y penser. Parlez en à vos voisins : un passage qui débouche sur un second grillage ne sert à rien, alors qu’une rue entière de jardins connectés recrée un territoire viable.
Tailler, faucher, semer : le calendrier d automne
Toutes les interventions ne se valent pas selon la date. La réglementation encadre déjà une partie du calendrier : la taille et l’arrachage des haies sont proscrits durant la période de nidification, du 16 mars au 15 août, ce qui laisse l’automne et l’hiver comme fenêtre d’intervention. Au delà de l’obligation, la période allant d’octobre à janvier reste la plus favorable, car elle se situe hors nidification et avant la montée de sève. Reste à nuancer : une haie taillée trop tôt en septembre prive les oiseaux des baies de sureau, d’aubépine ou de troène dont ils dépendent en octobre. Attendre novembre est presque toujours un meilleur choix.
Pour la prairie et les zones enherbées, la logique est inverse de celle de la pelouse classique. Une dernière fauche tardive, haute (à dix centimètres minimum) et partielle, laissant un tiers de la surface intacte, permet aux insectes de terminer leur cycle et offre un couvert hivernal. Fauchez du centre vers l’extérieur pour laisser la faune s’échapper, et retirez le foin quelques jours plus tard afin d’appauvrir le sol, ce qui favorise les fleurs sauvages l’année suivante. Enfin, l’automne est aussi la saison des plantations : c’est en novembre et décembre que l’on met en terre les arbustes à baies indigènes qui nourriront les oiseaux dans trois ans.
| Période | À faire | À éviter absolument |
|---|---|---|
| Septembre | Laisser monter les vivaces en graines, constituer le tas de bois, créer les passages à faune | Couper les massifs à ras, vider la mare |
| Octobre | Regrouper les feuilles en tas, installer le gîte à hérisson, nettoyer les nichoirs | Broyer les feuilles à la tondeuse, tailler les haies à baies |
| Novembre | Tailler les haies, planter arbres et arbustes indigènes, installer les mangeoires | Déplacer ou brûler les tas, retourner le compost |
| Décembre à février | Alimenter les mangeoires sans interruption, maintenir un point d eau non gelé | Toute intervention sur les tas de feuilles et de bois |
| Mars | Attendre plusieurs jours au dessus de 10 °C avant de démanteler les tas | Couper les tiges creuses trop tôt, première tonte rase |
Tiges creuses, graines et fleurs fanées : le massif d hiver
Le massif de vivaces coupé à ras en octobre est une habitude esthétique, pas une nécessité horticole. Les tiges sèches des échinacées, des monardes, des verges d’or, des fenouils, des cardons ou des rudbeckias remplissent deux fonctions en hiver. Leurs ombelles et capitules portent des graines dont raffolent chardonnerets, tarins et verdiers, exactement au moment où les ressources naturelles se raréfient. Leurs tiges creuses, elles, servent de dortoir ou de nid d’hivernage à des abeilles solitaires et à de nombreuses larves d’insectes. Couper ces tiges en novembre revient à vider un immeuble entier de ses habitants.
La bonne pratique consiste à laisser les tiges debout sur 40 à 80 cm jusqu’en fin d’hiver, puis à les couper en mars sans les broyer, en les déposant à plat dans un coin du massif pendant quelques semaines afin que les occupants encore présents puissent sortir. Si votre œil ne supporte pas les massifs dégarnis, réservez ce traitement à une partie du jardin seulement : une plate bande visible tenue proprement et une zone arrière laissée sauvage constituent un compromis parfaitement fonctionnel. Cette logique de complémentarité se retrouve dans l’aménagement d’un hôtel à insectes bien conçu, qui prolonge et complète les abris naturels sans jamais les remplacer.
Eau et nourriture : anticiper la mauvaise saison
La question de l’eau est souvent traitée comme un sujet d’été, alors qu’elle se pose avec autant d’acuité en hiver. Lorsque les températures descendent sous zéro, les points d’eau libres disparaissent, et les oiseaux ont besoin de boire et de se baigner, y compris par grand froid, car un plumage propre isole mieux. Une simple coupelle peu profonde, posée en hauteur et loin des buissons où un chat pourrait guetter, rendue non gelante en cassant la glace chaque matin, suffit à changer la donne. La mare de jardin, si vous en avez une, joue le même rôle et abrite en plus les amphibiens : notre guide pour créer une mare naturelle détaille les profondeurs et les pentes à respecter pour qu’elle reste fonctionnelle toute l’année.
Côté nourriture, l’automne est une période d’abondance naturelle : baies, faines, glands, insectes encore actifs. Il est donc inutile et même contre productif de commencer à nourrir les oiseaux dès septembre. Le nourrissage se justifie à partir des premières gelées, généralement fin novembre, et doit alors être poursuivi sans interruption jusqu’à la fin mars, car les oiseaux organisent leurs tournées en fonction des points fiables. Les erreurs sont fréquentes et parfois graves : pain, lait, aliments salés, restes de table ou noix de coco fraîche sont à proscrire. Le détail des mélanges, des types de mangeoires et du calendrier figure dans notre article consacré aux bons gestes pour nourrir les oiseaux en hiver.
Pour le hérisson, la logique est différente. Il ne faut pas le nourrir systématiquement, sous peine de créer une dépendance et des rassemblements favorisant les parasites. En revanche, un individu vu en plein jour, amaigri ou très léger à l’approche de l’hiver relève du cas particulier : de la pâtée pour chat sans sauce et de l’eau peuvent l’aider ponctuellement, mais jamais de lait, que son système digestif ne tolère pas. Un hérisson de moins de 500 grammes en novembre a peu de chances de passer l’hiver seul et doit être confié à un centre de soins.
Si je ne devais retenir qu’une seule action de tout ce guide, ce serait le trou dans la clôture. On sous estime à quel point nos jardins sont devenus des cases étanches : chacun peut y installer le plus beau des gîtes, si l’animal ne peut pas y entrer, cela ne sert à rien. J’ai vu des rues entières retrouver leurs hérissons en deux saisons simplement parce que cinq ou six voisins avaient découpé une maille de grillage le même automne. C’est le geste le moins coûteux, le plus rapide, et de loin le plus efficace. Le reste, les feuilles, le bois, les tiges, tient surtout à une chose : accepter de ne pas ranger.
Les pièges de l automne à neutraliser
Un jardin refuge n’est pas seulement un jardin qui offre des abris, c’est d’abord un jardin qui ne tue pas. L’automne concentre plusieurs risques spécifiques, liés à la fois aux travaux de saison et à la présence d’animaux affaiblis ou en déplacement. Le premier d’entre eux reste la tondeuse, en particulier les modèles robotisés qui fonctionnent la nuit : c’est exactement la période d’activité du hérisson, dont le réflexe de défense consiste à se mettre en boule plutôt qu’à fuir. Programmer ces appareils uniquement en journée, et jamais avant huit heures ni après dix huit heures, supprime l’essentiel du risque.
Viennent ensuite les pièges structurels. Un bassin à parois lisses et verticales noie hérissons et amphibiens qui n’en ressortent pas : une planche inclinée ou quelques pierres empilées en rampe suffisent. Les regards et bouches d’égout ouverts, les fosses de revêtement, les seaux laissés dehors, les filets à mailles fines posés au sol et les grillages à poules déroulés sont autant de causes de mortalité bien documentées que l’on règle en une après midi. Les produits chimiques ferment la liste : les granulés anti limaces à base de métaldéhyde intoxiquent les hérissons et les oiseaux qui consomment les limaces empoisonnées, et les raticides tuent en cascade rapaces nocturnes et mammifères. Notre dossier sur les pièges mortels à supprimer au jardin reprend cette liste point par point.
Un dernier risque est plus insidieux : l’excès de zèle. Beaucoup de personnes bien intentionnées ramassent en automne des hérissons vus en journée pour les mettre à l’abri, ou déplacent un nid trouvé sous un tas. Dans la majorité des cas, cette intervention nuit plus qu’elle n’aide. La règle est de n’agir que face à un animal manifestement blessé, très amaigri, entouré de mouches, ou immobile depuis plusieurs heures, et de contacter alors un centre de sauvegarde de la faune sauvage plutôt que d’improviser. Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un vétérinaire ou d’un centre de soins agréé, seuls habilités à prendre en charge un animal sauvage.
Un refuge qui se construit sur plusieurs années
La dernière chose à intégrer, et sans doute la plus difficile, est la question du temps. Un jardin ne devient pas un refuge en un automne. Les premières années, on observe surtout des invertébrés : plus d’araignées, plus de carabes, plus de vers de terre. Les oiseaux suivent dès que la ressource alimentaire devient fiable, puis viennent les hérissons, les lézards et parfois les amphibiens si un point d’eau existe dans le voisinage. Cette progression demande trois à cinq ans, et elle suppose une constance : un tas de bois déplacé tous les ans ne se colonise jamais, une haie rabattue sévèrement chaque hiver ne produit pas de baies, une zone laissée sauvage puis retondue au printemps annule le bénéfice de l’hiver précédent.
La bonne nouvelle est que l’effort demandé diminue avec le temps, contrairement à un jardin d’ornement classique. Moins de tonte, moins de ramassage, moins d’évacuation de déchets verts, moins d’achat de terreau puisque la litière nourrit le sol. Beaucoup de jardiniers passent d’ailleurs à cette approche pour des raisons pratiques avant de le faire pour des raisons écologiques. La seule vraie contrainte est sociale : un jardin partiellement sauvage se remarque, et il vaut souvent mieux marquer l’intention, par une bordure nette, un panneau ou simplement une bande tondue en lisière, pour que le voisinage lise un choix plutôt qu’un abandon.
Faut il vraiment laisser toutes les feuilles mortes au sol ?
Non, et ce n’est pas souhaitable partout. Sur une pelouse dense, une couche épaisse et humide finit par asphyxier le gazon, et sur une terrasse ou une allée elle devient glissante. L’important est de ne pas sortir les feuilles du jardin : ratissez ces zones et regroupez la matière au pied des haies, sur les massifs ou en tas dans un coin tranquille.
Quand un hérisson commence t il réellement son hibernation ?
Généralement en novembre, quand la température extérieure passe durablement sous 11 °C. Il en sort entre mars et la mi avril selon les régions et la douceur de l’hiver. Pendant cette période, chaque réveil provoqué par un dérangement lui coûte une part importante de ses réserves de graisse.
Quelle taille doit avoir un passage à faune dans une clôture ?
Une ouverture carrée de 13 x 13 cm à la base de la clôture est la dimension recommandée. Elle laisse passer hérissons, crapauds et musaraignes tout en restant trop étroite pour la plupart des chiens. Prévoyez si possible deux ouvertures opposées pour que l’animal traverse au lieu de rester bloqué.
Peut on tailler ses haies en automne ?
Oui, et c’est même la bonne période. La taille et l’arrachage sont proscrits entre le 16 mars et le 15 août, pendant la nidification. L’idéal reste d’intervenir entre octobre et janvier, hors nidification et avant la montée de sève, en attendant si possible novembre pour laisser les oiseaux consommer les baies.
Faut il nourrir les oiseaux dès le mois de septembre ?
Non. L’automne est une période d’abondance naturelle en baies, glands et insectes. Le nourrissage se justifie à partir des premières gelées, en général fin novembre, et doit ensuite être poursuivi sans interruption jusqu’à fin mars, car les oiseaux intègrent les points fiables dans leur tournée quotidienne.
Quand peut on démanteler les tas de feuilles et de bois au printemps ?
Attendez plusieurs jours consécutifs au dessus de 10 °C, soit rarement avant la mi mars. Procédez alors à la fourche, par petites portions, en soulevant plutôt qu’en retournant, et laissez la matière à côté quelques jours pour que les derniers occupants puissent partir.
Mon jardin est très petit, cela vaut il la peine ?
Oui, et peut être plus encore qu’un grand terrain. La petite faune raisonne à l’échelle du réseau : un jardin de cinquante mètres carrés connecté à ses voisins, avec un tas de feuilles et une ouverture de clôture, apporte davantage qu’un vaste terrain entièrement clos et tondu à ras.
En résumé : moins ranger, mieux abriter
Faire de son jardin un refuge d’automne tient finalement à une inversion de réflexe. Là où l’on cherchait à évacuer, on regroupe. Là où l’on coupait, on laisse debout. Là où l’on fermait, on ouvre un passage. Les quatre gestes qui produisent le plus d’effet sont accessibles à tous : constituer un tas de feuilles et de bois dans un coin tranquille et ne plus y toucher, laisser les tiges de vivaces debout jusqu’en mars, découper une ouverture de 13 x 13 cm au bas de la clôture, et repousser la taille des haies à novembre. Le reste, gîte à hérisson, mangeoire, point d’eau ou mare, vient enrichir un dispositif qui fonctionne déjà.
Ce qui rend cette démarche satisfaisante, c’est qu’elle donne des résultats visibles à l’échelle d’une vie de jardinier. Un merle qui retourne la litière en février, une coccinelle qui sort d’une bûche en mars, un crapaud sous le tas de bois en avril, puis un soir un hérisson qui traverse la pelouse : chacun de ces moments est la conséquence directe d’un travail que l’on n’a pas fait en octobre. C’est probablement la seule discipline de jardinage où la patience et la paresse produisent exactement le même bénéfice.
Naturaliste de terrain, Thomas explore la faune sauvage et les grands enjeux de biodiversité. Il rédige les dossiers de fond et l’actualité environnementale de Farmicroc, toujours avec rigueur et curiosité.

